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Droit de la migration et des étrangers

Référé-liberté : quand le juge ordonne la délivrance

Publié le

03/23/2026

Référé-liberté : quand le juge ordonne la délivrance.

Gagner en justice ne suffit pas toujours.

En droit des étrangers, il arrive qu’un tribunal annule un refus de séjour et ordonne à la préfecture de délivrer un titre, sans que cette décision soit réellement exécutée dans les délais.

C’est précisément dans cette zone de blocage que le référé-liberté peut devenir une procédure décisive.

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Le Conseil d’État a rendu, le 19 février 2026, une ordonnance très forte : face à une “carence persistante dans l’exécution de la chose jugée par l’administration”, il a enjoint la délivrance d’une autorisation provisoire de séjour sous 48 heures, puis la remise d’un titre de séjour pluriannuel dans le mois.

Le juge a aussi retenu une atteinte grave et manifestement illégale aux droits reconnus aux étrangers en situation régulière, notamment au droit au travail.

Référé-liberté et titre de séjour : que faire quand la préfecture n’exécute pas un jugement ?

Le premier enseignement est simple : une décision de justice favorable ne doit pas rester théorique. Dans cette affaire, le tribunal administratif de Marseille avait déjà annulé les refus de séjour et enjoint au préfet de délivrer un titre valable deux ans, sauf changement dans la situation de l’intéressé.

Pourtant, l’administration s’est contentée de demander des documents en vue d’une nouvelle autorisation provisoire, sans remettre le titre ordonné.

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Pour un lecteur non juriste, cela veut dire une chose très concrète : si la préfecture fait durer les choses après une victoire au tribunal, il existe un recours d’urgence pour obtenir une exécution réelle et non une simple promesse administrative.

C’est exactement le rôle du référé-liberté dans ce type de dossier.

Le juge peut-il obliger la préfecture à délivrer un titre de séjour ?

Oui, dans certaines situations. Ici, le Conseil d’État ne s’est pas contenté de rappeler la règle.

Il a imposé des mesures précises : une autorisation provisoire de séjour autorisant le travail dans un délai de 48 heures, puis la remise du titre de séjour pluriannuel dans un délai d’un mois.

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C’est une procédure qui peut déboucher sur une injonction concrète et très rapide lorsque les conditions sont réunies.

Pourquoi le Conseil d’État a-t-il retenu l’urgence dans cette affaire ?

L’urgence a été reconnue parce que la situation s’était brutalement dégradée.

L’intéressé n’avait plus de document en cours de validité après l’expiration de son autorisation provisoire de séjour le 27 janvier 2026.

Il s’est donc retrouvé en situation irrégulière, alors même qu’un jugement définitif lui donnait raison. Son employeur a suspendu son contrat de travail ainsi que le versement de son salaire.

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Le Conseil d’État a aussi relevé plusieurs indices d’inaction réelle : absence de changement dans la situation personnelle du requérant, simple demande de documents, absence de délivrance d’une nouvelle APS le maintenant en règle et défaut d’envoi du titre en fabrication.

Pour le juge, tout cela révélait une carence persistante dans l’exécution du jugement.

Le droit au travail peut-il justifier un référé-liberté en droit des étrangers ?

Oui, et c’est l’un des apports les plus intéressants de cette décision. Le Conseil d’État a expressément visé le droit au travail parmi les droits et libertés atteints par l’inaction de l’administration.

Ce n’est donc pas seulement un contentieux “de papier” ou de procédure : l’absence de document de séjour peut faire basculer une personne hors de l’emploi et du salaire du jour au lendemain.

Une simple demande de pièces suffit-elle à exécuter une décision de justice ?

Non. C’est même l’un des messages les plus utiles de l’ordonnance.

Le préfet avait demandé des documents, mais cela n’a pas suffi à convaincre le Conseil d’État que la décision de justice était effectivement exécutée. Le juge a regardé la réalité concrète de la situation : pas de titre remis, pas d’APS valable au-delà du 27 janvier 2026 et pas même d’envoi en fabrication du nouveau titre au moment où il statuait.

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Pour les étrangers et leurs familles, cette précision est essentielle.

Une préfecture ne peut pas neutraliser une décision de justice en multipliant les étapes intermédiaires si, dans le même temps, la personne perd son droit au séjour ou son droit au travail.

Quand envisager un référé-liberté pour obtenir un document de séjour ?

Le référé-liberté devient pertinent lorsqu’une situation exige une réponse immédiate du juge.

En pratique, cela peut viser un jugement favorable non exécuté, une absence de récépissé ou d’autorisation provisoire, une perte de droit au travail, une suspension de salaire, ou plus largement une atteinte grave à une liberté fondamentale liée à l’inaction préfectorale.

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Le référé-liberté peut être une arme redoutablement efficace lorsque l’administration n’exécute pas une décision de justice en matière de séjour.

Dans cette affaire, le Conseil d’État a considéré que l’inaction préfectorale faisait basculer l’intéressé dans l’irrégularité, suspendait son contrat de travail et son salaire, et portait ainsi une atteinte grave et manifestement illégale à ses droits.

Résultat : une APS sous 48 heures, puis un titre de séjour pluriannuel dans le mois.

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