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Droit de la migration et des étrangers

Mariage de complaisance : la fraude peut encore être recherchée après la naturalisation

Publié le

07/06/2026

Mariage de complaisance : la fraude peut encore être recherchée après la naturalisation.

Peut-on encore enquêter sur un mariage de complaisance après qu’une personne a obtenu la nationalité du pays d’accueil ? La réponse de la Cour de justice de l’Union européenne est claire : oui.

Dans un arrêt du 4 juin 2026, la CJUE considère que les autorités nationales peuvent vérifier s’il y a eu fraude ou abus de droit dans l’obtention d’un droit au séjour fondé sur le droit de l’Union, même lorsque l’intéressé a ensuite acquis la nationalité de l’État membre d’accueil.

C’est une décision importante, parce qu’elle montre que l’acquisition de la nationalité ne fait pas automatiquement disparaître les questions liées à une éventuelle fraude antérieure.

Ce que dit exactement la CJUE dans sa décision

L’affaire concernait un ressortissant d’un pays tiers qui avait obtenu un droit de séjour en qualité de membre de la famille d’un citoyen de l’Union, avant d’acquérir ensuite la nationalité de l’État membre d’accueil.

Les autorités soupçonnaient qu’il s’agissait en réalité d’un mariage de complaisance. La question posée à la CJUE était donc la suivante : une fois la nationalité obtenue, les autorités peuvent-elles encore enquêter sur la fraude initiale ?

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La Cour répond par l’affirmative.

Autrement dit, le fait de ne plus relever, en pratique, de la directive 2004/38 parce qu’on est devenu ressortissant du pays d’accueil n’empêche pas les autorités de vérifier si le droit au séjour obtenu à l’origine l’a été par fraude.

Pourquoi cette décision est importante

Cette décision est importante parce qu’elle évite une conclusion très simple mais très problématique : il aurait suffi de laisser passer le temps puis d’obtenir la nationalité pour rendre impossible toute enquête sur une fraude antérieure.

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La CJUE refuse ce raisonnement. Elle considère qu’une lecture inverse affaiblirait gravement la lutte contre les mariages de complaisance et les autres montages frauduleux, qui sont souvent découverts plusieurs années après les faits.

En clair, la naturalisation ne “blanchit” pas automatiquement les irrégularités éventuelles du passé.

L’article 35 de la directive 2004/38 reste mobilisable

La décision repose sur l’article 35 de la directive 2004/38. Cet article permet aux États membres de refuser, annuler ou retirer les droits conférés par la directive en cas de fraude ou d’abus de droit, notamment en cas de mariage de complaisance.

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La CJUE souligne un point essentiel : ce texte ne pose pas de limite temporelle explicite. Il n’est donc pas nécessaire que le droit obtenu frauduleusement soit encore en cours d’exercice au moment où la fraude est constatée.

C’est cela qui rend la décision aussi forte.

Mais attention : la CJUE ne valide pas n’importe quoi

L’arrêt du 4 juin 2026 ne donne pas un blanc-seing aux administrations.

La Cour rappelle que l’exercice de ces pouvoirs reste encadré par :

  • le principe de proportionnalité ;
  • les garanties procédurales ;
  • l’obligation de motivation ;
  • la notification de la décision ;
  • l’indication des voies et délais de recours ;
  • et un examen individuel de la situation.

Autrement dit, une suspicion de fraude ne suffit pas à elle seule. Il faut une vraie procédure, individualisée, contradictoire et contrôlable.

Ce que cela peut changer en France

Pour la France, cette décision est particulièrement intéressante parce qu’elle entre en résonance avec les règles nationales sur la nationalité.

Lorsqu’une personne a obtenu la nationalité française par naturalisation ou par réintégration, un décret peut être rapporté en cas de mensonge ou fraude dans le délai de deux ans à compter de la découverte de la fraude.

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De la même manière, lorsqu’il s’agit d’une déclaration de nationalité, notamment dans le cadre du mariage, cette déclaration peut encore être contestée en cas de fraude dans le délai de deux ans à compter de sa découverte.

En pratique, cela veut dire que la décision européenne conforte l’idée qu’une fraude initiale sur le séjour ou sur la vie conjugale peut continuer à produire des effets juridiques longtemps après l’obtention d’un droit, voire après l’accès à la nationalité.

Cela signifie-t-il qu’une nationalité peut être retirée automatiquement ?

Non.

C’est un point essentiel. La décision de la CJUE ne dit pas que toute fraude constatée entraîne automatiquement le retrait de la nationalité.

Elle dit plutôt que l’enquête reste possible et que, si le droit national le permet, certaines conséquences peuvent être tirées de cette fraude, à condition de respecter le principe de proportionnalité.

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En clair :

  • l’enquête reste possible ;
  • la constatation de la fraude reste possible ;
  • mais la conséquence finale dépendra du droit national applicable et du contrôle de proportionnalité.

Pourquoi le sujet est sensible pour les couples mixtes

Le thème du mariage de complaisance est toujours délicat, parce qu’il touche à la fois :

  • au droit au séjour,
  • à la vie privée et familiale,
  • au droit de l’Union européenne,
  • et parfois à la nationalité.

Dans la pratique, beaucoup de couples réels craignent d’être soupçonnés à tort. Il faut donc rappeler une chose simple : un mariage mixte n’est évidemment pas, en soi, un mariage de complaisance.

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Ce que recherchent les autorités, ce sont des indices de fraude ou d’abus de droit : absence de communauté de vie réelle, contradictions dans les déclarations, montage purement administratif, chronologie suspecte ou éléments incohérents dans le dossier.

Que faire en pratique en cas d’enquête ou de soupçon ?

Lorsqu’un couple ou un ressortissant étranger fait l’objet d’une enquête sur un soupçon de mariage de complaisance, il faut réagir vite et méthodiquement.

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  • conserver toutes les preuves de la réalité de la vie commune ;
  • garder les justificatifs de domicile, de vie familiale et de communauté de vie ;
  • relire très attentivement les échanges avec l’administration ;
  • ne pas répondre à la légère à une convocation ou à une demande de pièces ;
  • et se faire assister rapidement si l’enjeu porte aussi sur la nationalité.

Plus le dossier avance, plus les conséquences potentielles deviennent lourdes.

Pourquoi cette décision est aussi une décision de procédure

Le sujet ne concerne pas seulement le fond du droit.

La CJUE insiste aussi sur la manière d’agir de l’administration. Elle reconnaît un véritable pouvoir d’enquête aux autorités nationales, mais elle exige que la procédure respecte les garanties du droit de l’Union.

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Pour les praticiens, c’est un point important : dans ce type de contentieux, la défense ne se joue pas seulement sur la sincérité du mariage, mais aussi sur :

  • la qualité de l’enquête,
  • la motivation des décisions,
  • la proportionnalité des mesures,
  • et le respect des droits de la personne concernée.

Pourquoi choisir EXILAE AVOCATS pour vous assister dans un dossier en droit des étudiants étrangers

La décision du 4 juin 2026 envoie un message très net : le temps qui passe et la naturalisation ne font pas disparaître automatiquement une fraude éventuelle liée à un mariage de complaisance.

Pour les autorités, cela confirme un pouvoir d’enquête durable.

Pour les personnes concernées, cela rappelle qu’un dossier de séjour ou de nationalité ne se sécurise pas seulement dans l’instant. Il doit être solide depuis l’origine.

En matière de mariage, de séjour et de nationalité, la cohérence du parcours reste donc essentielle

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